12 femmes lesbiennes célèbres de notre histoire qui ont complètement réécrit les règles

Pour cette journée dédiée aux droits des femmes, voici 12 portraits de femmes lesbiennes ou féministes proches de l'amour entre femmes qui ont bravé les conventions de leur époque, refusant que les préjugés ou le sexisme les empêchent de vivre leur vie comme elles l'entendaient. Des duellistes du XVIIe siècle aux chanteuses de blues de Harlem en passant par les écrivaines modernistes, voici quelques-unes de nos pionnières queer préférées : autant de figures qui ont fait reculer la frontière de ce qui était possible pour les femmes qui aiment les femmes.
Sommaire
- Julie d'Aubigny (1670 - 1707)
- Les Dames de Llangollen (1739 - 1829, 1755 - 1831)
- Anne Lister (1791 - 1840)
- Jane Addams (1860 - 1935)
- Virginia Woolf (1882 - 1941)
- Eleanor Roosevelt (1884 - 1962)
- Mercedes de Acosta (1893 - 1968)
- Alla Nazimova (1879 - 1945)
- Audre Lorde (1934 - 1992)
- Ruth Ellis (1899 - 2000)
- Marion Barbara "Joe" Carstairs (1900 - 1993)
- Gladys Bentley (1907 - 1960)
- Ce que ces 12 femmes lesbiennes ont en commun
- Pour aller plus loin
- Questions fréquentes sur les femmes lesbiennes célèbres de l'histoire
- Pourquoi ces 12 femmes et pas d'autres ?
- Toutes ces femmes se sont-elles définies comme lesbiennes ?
- Existe-t-il des figures lesbiennes francophones marquantes ?
- Pourquoi parler de Marie-Antoinette dans un dossier sur les lesbiennes célèbres ?
- Quelle est la première lesbienne moderne documentée ?
- Quelle femme lesbienne a obtenu le prix Nobel de la paix ?
Julie d'Aubigny (1670 - 1707)
Mieux connue sous le nom de Mademoiselle Maupin ou La Maupin, Julie d'Aubigny était une duelliste et chanteuse d'opéra française du XVIIe siècle. Fille d'un maître d'armes du roi, elle apprend l'escrime dès l'enfance et excelle dans un art alors strictement masculin. Elle a vécu une histoire d'amour passionnée avec une jeune femme dont les parents, pour les séparer, ont envoyé leur fille dans un couvent à Avignon. Pour la retrouver, Julie s'est infiltrée comme novice, a volé le corps d'une religieuse décédée, l'a placé dans le lit de son amante et a mis le feu à la chambre pour couvrir leur fuite. Condamnée à mort par contumace, elle finit graciée par Louis XIV, séduit par son talent vocal.
Les Dames de Llangollen (1739 - 1829, 1755 - 1831)
Eleanor Butler et Sarah Ponsonby étaient deux femmes irlandaises de la haute société qui se sont enfuies ensemble en 1778 pour s'installer dans une cottage du Pays de Galles, baptisée Plas Newydd. Leur relation a scandalisé puis fasciné leur époque : la reine Charlotte, Lord Byron, William Wordsworth ou encore le duc de Wellington vinrent leur rendre visite. Certains historiens considèrent leur union comme un "mariage de Boston", une relation romantique entre deux femmes ayant choisi de vivre ensemble comme un couple marié, sans reconnaissance légale. Elles ont partagé la même chambre pendant plus de cinquante ans.
Anne Lister (1791 - 1840)
Anne Lister, souvent décrite comme "la première lesbienne moderne" de Grande-Bretagne, était une propriétaire terrienne du Yorkshire, alpiniste et diariste prolifique. Elle a consigné sa vie amoureuse dans plus de quatre millions de mots, dont une partie codée à l'aide d'un mélange d'algèbre et de grec ancien pour protéger ses secrets. Décodés au XXe siècle puis publiés à partir de 1988, ces journaux constituent l'un des plus précieux témoignages connus sur la vie lesbienne au début du XIXe siècle. Elle a uni symboliquement sa vie à celle de l'héritière Ann Walker en 1834, lors d'une cérémonie à l'église Holy Trinity de York. Sa vie a inspiré la série Gentleman Jack diffusée par la BBC et HBO depuis 2019.
💡 Le saviez-vous ? Les journaux d'Anne Lister, déchiffrés par l'historienne Helena Whitbread à partir de 1988, sont aujourd'hui inscrits au registre Mémoire du monde de l'UNESCO depuis 2011, au titre de témoignage exceptionnel sur la vie privée d'une femme lesbienne au XIXe siècle.
Jane Addams (1860 - 1935)
Jane Addams était une pionnière du mouvement pour le droit de vote des femmes aux États-Unis, ainsi qu'une travailleuse sociale, philosophe et autrice. Cofondatrice de Hull House à Chicago en 1889, elle a obtenu le prix Nobel de la paix en 1931, devenant la première Américaine à recevoir cette distinction. Elle a entretenu une relation amoureuse avec Mary Rozet Smith pendant plus de quarante ans. Dans leurs lettres, Jane appelait Mary "Ma très chère", "Mon amour" et "Ma bien-aimée".
💬 "Tu me manques terriblement et je suis à toi jusqu'à la mort."
- Jane Addams à Mary Rozet Smith, correspondance privée, début du XXe siècle
Virginia Woolf (1882 - 1941)
La célèbre écrivaine du Bloomsbury Group, autrice de Mrs Dalloway et de To the Lighthouse, a eu une relation passionnée avec l'aristocrate et romancière Vita Sackville-West dans les années 1920. Cette liaison a inspiré Orlando (1928), souvent qualifié par les critiques de "plus longue lettre d'amour de la littérature". Dans une lettre à Vita, Virginia raconte avoir confié leur liaison à sa sœur Vanessa Bell en plaisantant.
💬 "Je lui ai raconté notre passion dans une pharmacie l'autre jour. Elle a pris sa monnaie et m'a demandé : mais tu aimes vraiment aller au lit avec des femmes ?"
- Virginia Woolf, lettre à Vita Sackville-West, années 1920
L'héritage littéraire des écrivaines saphiques s'est prolongé bien au-delà du Bloomsbury Group, jusqu'aux romans qui ont ouvert la voie au lesbianisme assumé. Pour suivre cette filiation, notre dossier sur Rubyfruit Jungle de Rita Mae Brown, le roman lesbien qui a ouvert la voie retrace le moment où la littérature lesbienne anglophone est passée du sous-texte à la revendication frontale.
Eleanor Roosevelt (1884 - 1962)
Première dame des États-Unis pendant douze ans aux côtés de Franklin D. Roosevelt, Eleanor a été une figure majeure des droits humains, présidant la commission qui rédigera la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948. Elle aurait eu une relation amoureuse avec la journaliste Lorena "Hick" Hickok, correspondante de l'Associated Press affectée à la Maison-Blanche. Plus de 3 500 lettres échangées entre les deux femmes ont été retrouvées et déposées à la bibliothèque présidentielle Roosevelt.
💬 "Je veux te prendre dans mes bras et t'embrasser au coin de ta bouche."
- Eleanor Roosevelt à Lorena Hickok, correspondance déposée à la bibliothèque présidentielle Roosevelt
Mercedes de Acosta (1893 - 1968)
Poétesse, dramaturge et romancière américaine d'origine cubaine et espagnole, Mercedes de Acosta est plus connue pour ses nombreuses liaisons avec des stars de Hollywood que pour son œuvre écrite. Sa liste d'amantes inclut Greta Garbo, Marlene Dietrich, l'actrice Ona Munson, la danseuse Isadora Duncan ou encore la ballerine russe Tamara Karsavina. Ses mémoires, Here Lies the Heart (1960), avaient tellement bouleversé la communauté hollywoodienne que Garbo cessa toute communication avec elle. Sa correspondance, scellée jusqu'en 2000 selon ses dernières volontés, est aujourd'hui conservée au Rosenbach Museum de Philadelphie.
Alla Nazimova (1879 - 1945)
Actrice et productrice de cinéma d'origine ukrainienne, Alla Nazimova est créditée d'avoir popularisé l'expression "sewing circle" (cercle de couture) pour désigner son réseau d'actrices lesbiennes et bisexuelles à Hollywood dans les années 1920. Son manoir sur Sunset Boulevard, surnommé The Garden of Alla, était réputé pour ses fêtes légendaires où se croisaient Tallulah Bankhead, Dorothy Arzner ou Marlene Dietrich. Elle fut l'une des actrices les mieux payées du muet et la marraine de Nancy Reagan, future Première dame des États-Unis.
Le sillon ouvert par Nazimova et son cercle hollywoodien s'est prolongé jusqu'aux couples saphiques visibles d'aujourd'hui, dont la médiatisation transforme la place des lesbiennes dans la culture populaire. Pour mesurer cette généalogie, notre top des couples lesbiens célèbres qui inspirent et brisent les stéréotypes rassemble les duos contemporains qui poursuivent ce travail de visibilité publique.
Audre Lorde (1934 - 1992)
Poétesse, essayiste et militante afro-américaine, Audre Lorde s'est définie elle-même comme "Black, lesbian, mother, warrior, poet". Figure centrale du féminisme intersectionnel avant que le terme ne soit forgé, elle a défié les normes de genre, de race et de classe toute sa vie. Ses essais réunis dans Sister Outsider (1984) restent des textes fondateurs des études de genre francophones et anglophones.
💬 "Celles d'entre nous qui se tiennent en dehors du cercle de la définition acceptable des femmes par cette société, qui sommes pauvres, lesbiennes, noires ou plus âgées, savent que la survie n'est pas une compétence académique. C'est apprendre à transformer nos différences en forces."
- Audre Lorde, Sister Outsider, 1984
Ruth Ellis (1899 - 2000)
Ruth Ellis, militante des droits LGBTQ+ et femme afro-américaine, a fait son coming out à l'âge de 16 ans en 1915, dans un Sud des États-Unis où l'homosexualité restait pénalement réprimée. Elle a rencontré sa partenaire, Ceciline "Babe" Franklin, dans les années 1920, et leur maison à Detroit est devenue un refuge pour la communauté LGBTQ+ noire pendant plus de trente ans. Centenaire au moment de sa mort en 2000, elle a été l'une des plus anciennes lesbiennes ouvertement militantes de l'histoire américaine. Le Ruth Ellis Center, ouvert à Detroit en 1999, accueille toujours les jeunes LGBTQ+ en situation précaire.
Marion Barbara "Joe" Carstairs (1900 - 1993)
Riche héritière britannique d'une fortune pétrolière, Joe Carstairs portait des tatouages, s'habillait en homme et vivait une existence aventureuse à une époque où peu de femmes osaient s'affranchir aussi visiblement des codes vestimentaires. Pilote de bateau de course, elle remporta le trophée Duke of York à trois reprises dans les années 1920. Elle finit par acheter une île aux Bahamas, Whale Cay, où elle régna comme une souveraine pendant trois décennies. Ses amantes incluent Dolly Wilde (nièce d'Oscar Wilde), Greta Garbo et Tallulah Bankhead.
Gladys Bentley (1907 - 1960)
Chanteuse de blues et pianiste américaine, Gladys Bentley est une figure marquante de la Renaissance de Harlem dans les années 1920 et 1930. Elle se produisait au Clam House et au Ubangi Club vêtue d'un smoking blanc et d'un haut-de-forme, accompagnée d'une chorale de drag queens, et flirtait ouvertement avec les femmes du public. Elle aurait épousé symboliquement une femme blanche lors d'une cérémonie civile au début des années 1930, fait scandaleux et largement rapporté par la presse de l'époque. La répression maccarthyste des années 1950 la contraindra à renier publiquement son lesbianisme et à se marier avec un homme.
Certaines figures historiques sont régulièrement réinterrogées au prisme de leur sexualité, sans que la documentation soit toujours suffisante pour trancher. Le cas de la reine de France en est l'exemple le plus discuté : notre dossier consacré à la question Marie-Antoinette était-elle lesbienne revient sur les sources historiques et les pamphlets révolutionnaires qui ont alimenté la rumeur saphique.
Ce que ces 12 femmes lesbiennes ont en commun
D'un siècle à l'autre, ces parcours dessinent une géographie de la résistance : elles ont écrit, combattu, joué, milité, accumulé des fortunes ou les ont dilapidées, mais toutes ont refusé d'organiser leur vie autour du regard masculin. Plusieurs ont laissé une trace écrite considérable (Lister, Woolf, Lorde) qui permet aujourd'hui aux historiennes de reconstituer une mémoire lesbienne longtemps invisibilisée. D'autres (Bentley, Carstairs, La Maupin) ont incarné des manières d'habiter le corps et le vêtement qui préfigurent les expressions de genre contemporaines.
Cette généalogie n'est ni complète, ni exhaustive : elle ignore volontairement les figures déjà très médiatisées comme Sappho ou Frida Kahlo, et laisse en marge des dizaines d'autres parcours qui mériteraient leur portrait. Elle rappelle surtout une chose : l'amour entre femmes n'a pas attendu la reconnaissance légale pour exister, se déclarer et s'organiser. Il a structuré des vies entières, parfois célèbres, parfois oubliées, depuis bien avant que le mot lesbienne ne devienne un mot du quotidien.
Pour aller plus loin
Plusieurs ouvrages font référence sur l'histoire lesbienne occidentale. Surpassing the Love of Men (1981) de Lillian Faderman demeure la synthèse fondatrice. Odd Girls and Twilight Lovers (1991) de la même autrice retrace le XXe siècle américain. En français, l'anthologie Histoire de l'homosexualité en Europe de Florence Tamagne (2000) inclut un chapitre dense sur les sociabilités lesbiennes de Berlin, Londres et Paris dans l'entre-deux-guerres.
📌 À retenir
Du XVIIe au XXe siècle, ces 12 femmes lesbiennes célèbres ont façonné une généalogie saphique faite de duels, d'écriture, de scène et de militantisme. Elles rappellent que l'amour entre femmes structure des vies entières depuis bien avant que la reconnaissance légale ou le mot lesbienne ne deviennent monnaie courante.
Questions fréquentes sur les femmes lesbiennes célèbres de l'histoire
Pourquoi ces 12 femmes et pas d'autres ?
Cette sélection a été établie pour couvrir un large spectre temporel, du XVIIe au XXe siècle, géographique : France, Royaume-Uni, États-Unis, Russie, Bahamas, et social : aristocratie, bourgeoisie, milieux populaires de Harlem. Elle privilégie des figures dont la vie amoureuse avec d'autres femmes est documentée par des sources écrites accessibles.
Toutes ces femmes se sont-elles définies comme lesbiennes ?
Non. Le mot "lesbienne" au sens contemporain n'est entré dans le vocabulaire courant qu'à la fin du XIXe siècle. Plusieurs de ces femmes (Anne Lister, Audre Lorde, Ruth Ellis, Gladys Bentley) se sont nommées explicitement. D'autres ont vécu leurs amours féminines sans les nommer ou en utilisant des catégories aujourd'hui désuètes comme "amitié romantique" ou "mariage de Boston".
Existe-t-il des figures lesbiennes francophones marquantes ?
Oui, nombreuses. La France a connu Colette, Natalie Clifford Barney (Américaine installée à Paris), Renée Vivien, Suzy Solidor, Violette Leduc, Monique Wittig ou plus récemment Christine Angot et Wendy Delorme. Une sélection francophone fera l'objet d'un dossier dédié.
Pourquoi parler de Marie-Antoinette dans un dossier sur les lesbiennes célèbres ?
Marie-Antoinette n'a pas été retenue dans cette sélection car la documentation historique reste contestée. Les rumeurs de relations avec la princesse de Lamballe ou la duchesse de Polignac ont surtout servi de munitions politiques aux pamphlétaires révolutionnaires. Un article distinct lui est consacré sur Lesbia Mag.
Quelle est la première lesbienne moderne documentée ?
Anne Lister (1791-1840) est régulièrement désignée comme "la première lesbienne moderne" en raison de ses journaux intimes codés, déchiffrés à partir des années 1980. Plus de quatre millions de mots y détaillent sa vie amoureuse avec d'autres femmes, faisant d'elle la première lesbienne européenne dont l'intimité quotidienne nous soit parvenue avec autant de précision.
Quelle femme lesbienne a obtenu le prix Nobel de la paix ?
Jane Addams a reçu le prix Nobel de la paix en 1931 pour son action sociale et pacifiste, devenant la première Américaine à obtenir cette distinction. Sa relation amoureuse avec Mary Rozet Smith, attestée par leur correspondance, a duré plus de quarante ans.
Sources
- Wikipedia - Julie d'Aubigny, duelliste et chanteuse d'opéra
- Wikipedia - Ladies of Llangollen, Eleanor Butler et Sarah Ponsonby
- Wikipedia - Anne Lister, journaux et reconnaissance UNESCO
- Nobel Prize - Biographie de Jane Addams, prix Nobel de la paix 1931
- Wikipedia - Audre Lorde, poétesse et militante afro-américaine
- Wikipedia - Gladys Bentley, chanteuse de blues de la Renaissance de Harlem
- Ruth Ellis Center - Detroit, refuge LGBTQ+ ouvert depuis 1999
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