Marie-Antoinette était-elle lesbienne ?

Eussions-nous posé la question à la fin des années 1780, la réponse aurait été un oui "franc et massif". Pour le peuple de Paris, il était inconcevable que "l'Autrichienne" ne se vautre pas dans le sexe à toute heure, comme on le dirait aujourd'hui, en particulier avec les dames de son entourage. C'est à cette époque qu'a paru un pamphlet glauque, Les Fureurs Utérines de Marie-Antoinette, dont quelques vers en disent long.
💬 "La Cour ne tarda pas à mettre à la mode ;
Chaque femme à la fois tribade et catin :
On ne fit plus d'enfants : cela parut commode.
Le vit fut remplacé par un doigt libertin."
- Pamphlet anonyme, Les Fureurs Utérines de Marie-Antoinette, fin des années 1780
La Révolution terminée, elle laissa place à son étude par les historiens. Pendant plus de deux siècles, personne ne fit allusion à cet aspect de la question, même pas l'écrivain autrichien Stefan Zweig dans une des toutes premières biographies de Marie-Antoinette, parue en 1933.
Sommaire
- Les Adieux à la reine, le coup de tonnerre cinématographique
- Le choix d'Axel de Fersen, l'amant officiel sans preuve
- L'examen des faits : pragmatisme contre orthodoxie historiographique
- Enfin femme, mais vite lassée du lit conjugal
- La Révolution et la rupture forcée avec Gabrielle de Polignac
- Marie-Antoinette, icône lesbienne au cinéma et dans la culture queer
- Tableau récapitulatif de l'hypothèse saphique de Marie-Antoinette
- Alors, Marie-Antoinette était-elle vraiment lesbienne ou bisexuelle ?
- Questions fréquentes sur la sexualité de Marie-Antoinette
- Marie-Antoinette a-t-elle vraiment été lesbienne ?
- Qui était Gabrielle de Polignac, l'amante présumée de la reine ?
- Que disent les lettres entre Marie-Antoinette et Axel de Fersen ?
- Pourquoi l'historiographie officielle refuse-t-elle l'hypothèse lesbienne ?
- Quels films et séries explorent la dimension saphique de Marie-Antoinette ?
- Pourquoi parle-t-on de tribadisme dans les pamphlets de l'époque ?
Les Adieux à la reine, le coup de tonnerre cinématographique
En 2012 sort le film de Benoît Jacquot, Les Adieux à la reine. Celui-ci est l'adaptation du roman éponyme de Chantal Thomas, paru dix ans plus tôt et couronné par le prix Femina en 2002. Il y présente une Marie-Antoinette amante de la duchesse Gabrielle de Polignac, incarnée à l'écran par Virginie Ledoyen, face à Diane Kruger en reine et Léa Seydoux en lectrice amoureuse.
Chez les historiens officiels, c'est la révolution, sans mauvais jeu de mots. Évelyne Lever, historienne chercheuse au CNRS et spécialiste de Marie-Antoinette, à ce titre autrice d'une imposante biographie, refuse de manière véhémente l'idée même que la reine de France ait pu être homosexuelle ou même bisexuelle. Le regretté Michel de Decker, historien spécialisé dans les secrets d'alcôve, n'adhère pas davantage à cette éventualité.
Leurs arguments ? Il n'existe aucune preuve de relations saphiques de Marie-Antoinette : ni témoignage direct, ni correspondance.
Le choix d'Axel de Fersen, l'amant officiel sans preuve
Si les historiens reconnaissent que Marie-Antoinette a pu faire des folies de son corps, c'est indéniablement avec le beau comte suédois Axel de Fersen. Celui-ci est arrivé en France dans les premiers jours de 1774, alors qu'il n'a que 18 ans, et a intégré la cour de Versailles. Il rencontre pour la première fois Marie-Antoinette, du même âge, qui s'est "évadée" de Versailles le 30 janvier de cette année-là pour se rendre incognito au bal de l'Opéra à Paris. Leur première relation s'arrête là puisqu'Axel reprend le chemin de la Suède. Il retournera à Versailles pour quelques mois en 1779, puis part se battre en Amérique d'où il ne reviendra qu'en 1784. À partir de cette date, Marie-Antoinette et lui se fréquentent assidûment. En 1791, alors que les souverains sont assignés à résidence au palais des Tuileries, c'est lui qui organise la fuite à Varennes. En 1792, après la chute de la royauté, il quitte définitivement la France.
Unanimement, les historiens voient en lui l'amant de Marie-Antoinette, même si certains, plus circonspects, l'appellent "favori". Or, c'est là où le bât blesse : il n'y a pas plus de preuves de cette liaison. Pas de témoignage direct, pas de correspondance non caviardée. Tout au plus Michel de Decker mentionne la location discrète d'un pavillon dans l'enceinte de Versailles.
En 2020, Évelyne Lever pense détenir la preuve des relations adultérines entre Marie-Antoinette et Axel. Ce dernier a connu une fin atroce : le 20 juin 1810, il est lapidé par la foule de Stockholm qui l'accuse d'avoir empoisonné le prince héritier de Suède Charles-Auguste. Ses héritiers retrouvent sa correspondance et la rendent publique, mais certaines lettres dans lesquelles est évoqué l'amour passionné pour une femme de France sont caviardées par ces mêmes héritiers. Il est donc impossible de savoir qui était cette mystérieuse femme. En 2019, ces courriers sont soumis à la nouvelle technologie de la fluorescence des rayons X, technique mise au point par une équipe internationale du CNRS, des Archives nationales et de l'université de Stanford. Évelyne Lever peut enfin prendre connaissance de ces échanges en clair, et se précipite pour écrire Le grand amour de Marie-Antoinette : Lettres secrètes de la reine et du comte de Fersen.
Mais à regarder cet ouvrage de plus près, on voit certainement se dessiner une immense affection entre les deux personnes, et surtout beaucoup de propos politiques. Rien dans ces échanges épistolaires ne démontre que l'adultère "a été consommé". S'il l'a été, ce ne pouvait être qu'entre 1789 et 1792.
L'examen des faits : pragmatisme contre orthodoxie historiographique
Quand Marie-Antoinette arrive en France en 1770 pour se marier avec le Dauphin, futur Louis XVI, elle n'est encore qu'une adolescente de 14 ans. Sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche, la marie quelques semaines seulement après ses premières règles, détail atroce pour les standards actuels. C'est une adolescente "évaporée" que sa propre mère qualifie de "tête à vents".
💬 "Tête à vents."
- Marie-Thérèse d'Autriche, à propos de sa fille Marie-Antoinette, correspondance privée
Très vite, Marie-Antoinette confirme son caractère superficiel et se révèle être une "jouisseuse". La future reine et la reine profite à plein de la vie : elle aime les mets raffinés, les vins fins, de beaux atours (elle fera la fortune de sa couturière Rose Bertin), les beaux bijoux, les coiffures extravagantes. Elle ne se prive pas de danser, de chanter, de jouer la comédie, ni de dilapider le Trésor royal dans des jeux d'argent. À qui veut-on faire croire que cet appétit d'exister s'est arrêté à la ceinture ?
Or, c'est ici que se situe le problème. Tout le monde sait que le Dauphin, puis le roi à partir de 1774, atteint d'un méchant phimosis, ne peut consommer son mariage. Ce n'est pas difficile d'imaginer la frustration de Marie-Antoinette, d'autant plus qu'elle est obligée de se prêter à plusieurs "essais" infructueux. Louis XVI, malgré sa grande carcasse (il mesurait près de 2 m et pesait au moins 100 kg), est un grand douillet prêt à tourner de l'œil lorsqu'il voit les instruments du chirurgien prévu pour le débrider. Cela durera pendant sept ans, jusqu'à ce que le frère de Marie-Antoinette, le futur Joseph II, persuade son beau-frère de se laisser circoncire.
On s'imagine sans peine la détresse de Marie-Antoinette devant cette absence de plaisir physique. Compte tenu de son caractère, il semble presque impossible qu'elle se soit contentée de prendre son mal en patience. Prendre son pied, oui, mais avec qui ? Il est exclu que ce soit un homme : même si Louis XVI était un peu benêt dans les choses de l'amour, on avait dû quand même l'informer que sa chère épouse devait encore avoir quelque chose qui lui montrerait qu'il était le premier homme à posséder sa femme. Et le bel Axel ne se trouvait plus à Versailles.
Or, dans ces années d'abstinence sexuelle forcée, deux femmes vont prendre une importance capitale dans la vie de Marie-Antoinette. La première est la princesse Marie-Thérèse de Lamballe, présente auprès de la jeune femme dès son arrivée à Versailles. Ici, les témoignages sont incontestables : la princesse et Marie-Antoinette étaient inséparables. Deux ans plus tard, lors d'un bal dans la Galerie des Glaces, c'est Marie-Antoinette elle-même qui repère la comtesse Gabrielle de Polignac et l'invite à rejoindre son cercle privé devant tout le monde. La comtesse, avant de devenir duchesse par la volonté de la reine, supplante la princesse, et au vu de tous leur amitié devient fusionnelle. On voit les deux femmes partout, surtout au Petit Trianon, partant toutes seules en promenade en se tenant par la taille. Cette posture était certes moins significative qu'elle ne l'est aujourd'hui, mais Marie-Antoinette était la reine de France, donc quasiment intouchable au sens premier du terme.
La relecture queer des grandes figures historiques féminines s'inscrit dans une généalogie longue qui dépasse Versailles. Pour resituer Marie-Antoinette dans cet ensemble, notre dossier sur les 12 femmes lesbiennes célèbres qui ont réécrit les règles retrace les ruptures qui ont permis aux historiennes contemporaines d'oser nommer ce que l'historiographie classique tait.
Enfin femme, mais vite lassée du lit conjugal
En 1777, soit sept ans après le mariage, l'étroit prépuce de Louis est envoyé ad patres. Marie-Antoinette n'est pas sauvée pour autant : elle se confiera plus tard, racontant qu'une fois qu'il l'eut déflorée, le bon roi est resté immobile semblant attendre que "ça vienne tout seul". Heureusement, Louis s'améliore et il dira lui-même qu'il a pris goût aux ébats conjugaux. La preuve : il fera quatre enfants à Marie-Antoinette en moins de huit ans (Marie-Thérèse Charlotte en 1778, Louis Joseph en 1781, Louis Charles en 1785, Sophie Béatrice en 1786). Il semblerait que ce soit la reine qui ait déserté la couche royale. Sans doute craignait-elle de devenir comme Marie Leszczynska, l'épouse du grand-père de son mari, Louis XV, qui ne lui avait pas fait moins de dix enfants. Et pour parler trivialement, ce brave Louis XVI ne devait pas être un bon plan.
Après 1786, elle continue de fréquenter assidûment la duchesse de Polignac, n'ayant jamais réellement arrêté. C'est à ce moment-là que la rumeur populaire se déchaîne contre les deux femmes. Les pamphlets clandestins, dont le tristement célèbre Essai historique sur la vie de Marie-Antoinette attribué à un libelliste obscur, circulent sous le manteau et accusent ouvertement la reine de tribadisme. La cour, le peuple, les chansonniers : tous prêtent à la souveraine des amantes féminines, signe que la rumeur saphique précède de loin la lecture historique du XXIᵉ siècle.
La Révolution et la rupture forcée avec Gabrielle de Polignac
Comme le raconte Les Adieux à la reine, la prise de la Bastille marque la fin des relations entre Gabrielle et Marie-Antoinette. Le duc de Polignac, ayant parfaitement saisi le mouvement qui s'était amorcé, décide d'émigrer au lendemain du 14 juillet. Deux mois plus tard, la famille royale quitte Versailles et est assignée à résidence au château des Tuileries dans Paris intra-muros.
Le temps du bel Axel ? Rien n'est moins sûr. Les fictions qui relatent, entre autres, la fuite à Varennes, oublient souvent de mentionner que cette évasion rocambolesque a été financée par la maîtresse d'Axel de Fersen, Eleonore Sullivan. Après l'échec, sortie définitive du prétendu amant de la reine. Depuis Vienne, il continuera cependant d'essayer de la sauver, y compris dans son cachot de la Conciergerie.
Chacun connaît la fin affreuse de Marie-Antoinette, guillotinée le 16 octobre 1793 au seul motif retenu par le Tribunal révolutionnaire d'avoir eu des relations incestueuses avec son fils Louis XVII, roi depuis le 21 janvier 1793. L'enfant, habilement manipulé par les révolutionnaires extrémistes, maintiendra son horrible témoignage et provoquera la mort de sa mère. Gabrielle de Polignac la suivra dans la tombe deux mois plus tard, le 9 décembre 1793. On ne lui a jamais relaté la véritable raison de la mort de Marie-Antoinette : elle a cru que son décès était dû à la maladie. Elle est enterrée au cimetière de Vienne et sur sa tombe est gravée une épitaphe qui dit l'attachement.
💬 "Morte de douleur."
- Épitaphe gravée sur la tombe de Gabrielle de Polignac, cimetière de Vienne, 9 décembre 1793
Sans doute une hyperbole qui laisse poindre le romantisme du siècle qui arrive. Cependant, il n'est pas interdit de penser que la séparation d'avec Marie-Antoinette a dû être à l'origine d'une très grave dépression dont elle ne se sortira pas. Cela démontre, si besoin était, que la relation indubitablement intime entre les deux femmes était aussi sentimentale que sexuelle, et pas un pis-aller sur ce dernier plan.
💡 Le saviez-vous ? Gabrielle de Polignac fut élevée au rang de duchesse en 1780 par décision personnelle de Marie-Antoinette, et la famille Polignac obtint pour elle et ses proches des charges, pensions et faveurs dont l'ampleur scandalisa la cour. Le duo, omniprésent au Petit Trianon, alimenta dès la fin des années 1770 la rumeur d'une liaison saphique.
Marie-Antoinette, icône lesbienne au cinéma et dans la culture queer
L'hypothèse saphique a essaimé bien au-delà du livre de Chantal Thomas. Sofia Coppola, dans son Marie Antoinette (2006) avec Kirsten Dunst, suggère sans la nommer une intimité queer entre la reine et ses dames de compagnie. La série télévisée Marie-Antoinette, coproduite par Canal+ et BBC en 2022, créée par la scénariste britannique Deborah Davis (déjà à l'origine de La Favorite), assume frontalement la dimension homo-érotique des relations de la reine avec la princesse de Lamballe, interprétée par Jasmine Blackborow.
Cette relecture lesbienne de Marie-Antoinette s'inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation queer des figures historiques féminines, déjà à l'œuvre pour Sappho, George Sand ou encore Anne Lister, dont la série Gentleman Jack a fait redécouvrir les journaux intimes en code secret. Pour le lectorat lesbien francophone, ces fictions comblent un vide criant : celui d'ancêtres assumées, de récits où l'amour entre femmes ne reste pas dans l'angle mort de l'Histoire officielle.
La visibilité saphique passe aussi par les couples célèbres contemporains qui rendent banals des récits longtemps censurés. Pour suivre cette généalogie, notre top des couples lesbiens célèbres qui inspirent et brisent les stéréotypes rassemble les figures publiques qui prolongent aujourd'hui ce que la reine de France n'a jamais pu nommer.
Tableau récapitulatif de l'hypothèse saphique de Marie-Antoinette
| Élément | Détail |
|---|---|
| Mariage avec Louis XVI | 16 mai 1770, non consommé pendant 7 ans |
| Phimosis de Louis XVI résolu | 1777, après intervention de Joseph II d'Autriche |
| Princesse de Lamballe | Inséparable de la reine dès 1770, massacrée le 3 septembre 1792 |
| Gabrielle de Polignac | Favorite à partir de 1775, duchesse en 1780, morte le 9 décembre 1793 |
| Pamphlet emblématique | Les Fureurs Utérines de Marie-Antoinette, fin années 1780 |
| Roman fondateur | Chantal Thomas, Les Adieux à la reine, 2002, prix Femina |
| Adaptation cinéma | Benoît Jacquot, Les Adieux à la reine, 2012 |
| Adaptation série | Canal+ / BBC, Marie-Antoinette, 2022, créée par Deborah Davis |
| Décryptage des lettres Fersen | 2019, fluorescence des rayons X, CNRS / Stanford / Archives nationales |
Alors, Marie-Antoinette était-elle vraiment lesbienne ou bisexuelle ?
Au vu de tout cela, n'en déplaise aux historiens "aveugles", l'intime conviction et le pragmatisme conduisent à penser que Marie-Antoinette, en l'absence de toute vie amoureuse avec le roi ou un autre homme, a bien eu des rapports lesbiens sentimentaux et sexuels avec Gabrielle de Polignac, qui vivait elle-même séparée de son mari. Cela est peut-être moins vrai en ce qui concerne Marie-Thérèse de Lamballe, dont la posture publique et la fidélité jusqu'au-delà de la chute de la royauté laissent supposer une amitié intense plutôt qu'une liaison.
Cela démontre que malgré l'autosatisfaction de notre société d'être prétendument sortie de l'homophobie, certains pans entiers de notre culture restent plombés par celle-ci, et la lesbophobie en particulier. La lecture saphique des grandes figures du passé reste, en France comme ailleurs, marginalisée par une histoire académique qui pratique encore largement ce que les historiennes féministes anglo-saxonnes appellent l'erasure, l'effacement des sexualités entre femmes au profit du grand récit hétérocentré.
⚖️ En un coup d'œil
✅ Sept ans de mariage non consommé entre Marie-Antoinette et Louis XVI
✅ Inséparabilité avec la princesse de Lamballe puis la duchesse de Polignac
✅ Pamphlets contemporains accusant la reine de tribadisme
✅ Relecture culturelle assumée par Chantal Thomas, Sofia Coppola, Deborah Davis
❌ Aucune lettre ni témoignage direct ne prouve formellement la liaison saphique
📌 À retenir
Aucune preuve écrite directe ne documente la sexualité de Marie-Antoinette, ni avec Axel de Fersen ni avec ses proches féminines. Mais l'examen des faits, des absences masculines de Versailles aux relations fusionnelles avec Gabrielle de Polignac, dessine une hypothèse saphique que l'historiographie officielle continue d'éviter. La culture queer francophone et anglo-saxonne s'est emparée du dossier depuis Chantal Thomas pour combler ce silence.
Questions fréquentes sur la sexualité de Marie-Antoinette
Marie-Antoinette a-t-elle vraiment été lesbienne ?
Aucun document historique direct, lettre ou témoignage, ne le prouve formellement. Mais le faisceau d'indices, sept ans de mariage non consommé, l'inséparabilité avec Gabrielle de Polignac, les pamphlets contemporains et l'absence d'amant masculin attesté avant 1784, rend l'hypothèse saphique au moins aussi plausible que la liaison avec Axel de Fersen, qui repose sur des bases tout aussi indirectes.
Qui était Gabrielle de Polignac, l'amante présumée de la reine ?
Gabrielle Yolande Martine de Polastron, comtesse puis duchesse de Polignac (1749-1793), fut la favorite la plus controversée de Marie-Antoinette. Mariée à Jules de Polignac mais vivant séparée de lui, elle fut admise dans le cercle intime de la reine en 1775 et obtint pour elle et sa famille des charges, pensions et faveurs dont l'ampleur scandalisa la cour. Le duo, omniprésent au Petit Trianon, alimenta dès la fin des années 1770 la rumeur d'une liaison saphique.
Que disent les lettres entre Marie-Antoinette et Axel de Fersen ?
Décryptées en 2019 grâce à la fluorescence par rayons X, les passages caviardés révèlent une correspondance amoureuse intense, mais essentiellement émotionnelle et politique. Aucune mention explicite d'une relation physique consommée n'a été retrouvée. Le terme "amant" reste donc, ici aussi, une déduction des historiens et non un fait établi.
Pourquoi l'historiographie officielle refuse-t-elle l'hypothèse lesbienne ?
Plusieurs raisons se conjuguent : l'absence de preuve écrite directe, la suspicion à l'égard des pamphlets révolutionnaires (par nature partisans) et un biais hétérocentré durable de la discipline historique. L'irruption d'historiennes féministes et queer depuis les années 2000, ainsi que des œuvres comme celles de Chantal Thomas, fait toutefois bouger les lignes.
Quels films et séries explorent la dimension saphique de Marie-Antoinette ?
Le film Les Adieux à la reine de Benoît Jacquot (2012), adapté du roman de Chantal Thomas, est l'œuvre la plus frontale sur le sujet. Marie Antoinette de Sofia Coppola (2006) en suggère une lecture queer en filigrane. La série Marie-Antoinette de Canal+ et BBC (2022) assume directement les relations homo-érotiques de la reine avec la princesse de Lamballe.
Pourquoi parle-t-on de tribadisme dans les pamphlets de l'époque ?
Le terme "tribade" est l'équivalent ancien de "lesbienne" dans la langue française des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Les pamphlétaires révolutionnaires l'utilisent abondamment pour disqualifier Marie-Antoinette, en mobilisant la sexualité comme arme politique. Cette omniprésence de l'accusation saphique dans la propagande révolutionnaire reste un indice indirect de la rumeur qui entourait la reine de son vivant.
Sources
- Wikipedia - Marie-Antoinette d'Autriche, biographie complète
- Wikipedia - Yolande de Polastron, duchesse de Polignac
- Wikipedia - Marie-Thérèse Louise de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe
- Wikipedia - Les Adieux à la reine, film de Benoît Jacquot (2012)
- Wikipedia - Marie-Antoinette, série Canal+ / BBC (2022)
- Tallandier - Évelyne Lever, Le grand amour de Marie-Antoinette : Lettres secrètes de la reine et du comte de Fersen (2020)
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