Accéder au contenu principal
| Claire B. | Chroniques lesbiennes

"Kill the TERF" - thriller lesbien avec héroïne transgenre : avis, analyse et enjeux

(Temps de lecture: 6 - 11 minutes)

"Kill the TERF" découvrez le roman lesbien et transgenre subversif de Kyrian Malone

Thriller policier, drame judiciaire et romance lesbienne (FxF) : "Kill the TERF" de Kyrian Malone s'appuie sur un titre volontairement frontal pour raconter une enquête new-yorkaise où la violence des actes fait écho à la violence des mots. Derrière le choc, le roman aborde l'identité, la justice et les fractures communautaires, avec un choix rare en français : une inspectrice transgenre au centre de l'histoire, et des tensions affectives qui compliquent tout.

Pourquoi ce titre choque : que veut dire "TERF" et pourquoi "Kill the TERF" fait débat ?

Quand j'ai commencé "Kill the TERF", je m'attendais à un thriller provocateur. Je ne m'attendais pas à être remuée à ce point. Le roman a cette manière d'ouvrir des portes qu'on préfère garder fermées : les raccourcis, les procès d'intention, la haine qui s'enrobe de morale, la façon dont une nuance se fait piétiner dès que la conversation touche au genre, au féminisme, à la communauté LGBT. Là où d'autres textes esquivent, celui-ci avance, quitte à déranger, quitte à faire grincer. Et l'on comprend vite que le titre n'est pas une posture "marketing" : c'est un point d'impact, un déclencheur narratif, un aimant à projections.

TERF est l'acronyme de Trans-Exclusionary Radical Feminist. Dans l'usage courant, il désigne des féministes radicales qui excluent les femmes transgenres de leurs luttes, de leurs espaces, ou de leur définition du mot "femme". C'est un terme lourd, inflammable, qui est parfois utilisé comme description politique et parfois comme insulte. Et c'est précisément ce flou, cette charge, cette facilité à dégainer un mot comme une arme, que le roman met en scène : comment une étiquette devient un verdict, comment une conversation devient un tribunal, comment la colère devient une identité.

Le titre "Kill the TERF" choque parce qu'il associe un vocabulaire violent à un conflit déjà saturé de crispations. Le livre ne demande pas au lecteur d'applaudir un slogan : il le force à regarder ce qui se passe quand le langage se transforme en incendie, quand les camps se figent, quand la nuance se fait massacrer à coups de "tu es avec nous ou contre nous". Dans cette logique, il n'est pas rare que des personnes jugent l'ouvrage sans l'avoir lu, ni même regardé le résumé, comme si un titre suffisait à condamner une œuvre entière. Le roman parle aussi de cette impulsion-là : juger vite, fort, sans lire, sans comprendre, sans répondre.

Kill the terf, commentaire transphobie

Ma première réaction, devant ce type de commentaire, a été très simple : c'est exactement ce que l'autrice décrit et dénonce. Le jugement à l'emporte-pièce, le raccourci, la certitude agressive, le refus de débattre dès que la discussion devient inconfortable. Ce roman a le mérite d'assumer une question que beaucoup évitent : à partir de quand la défense d'une cause, même légitime, devient-elle un prétexte pour déshumaniser l'autre ?

Ce que le roman interroge : la violence des mots, l'isolement et la peur de "mal dire"

L'un des thèmes les plus intéressants de "Kill the TERF" n'est pas seulement la violence physique des crimes - qui est explicite et parfois difficile - mais la mécanique mentale qui précède. Le roman montre comment les mots fabriquent des réalités : ils peuvent protéger, alerter, rassembler, mais aussi humilier, exclure, radicaliser. Le titre, brutal, agit comme une loupe : il grossit le phénomène pour obliger le lecteur à regarder le processus au lieu de regarder seulement sa propre indignation.

L'autrice insiste aussi sur un détail que l'on voit rarement traité sans caricature : l'isolement au sein même d'un groupe. Quand on appartient à une communauté, on peut y trouver des alliées, des repères, une force. On peut aussi s'y heurter à des attentes impossibles, à des normes implicites, à la peur permanente d'être "la mauvaise personne" au moindre mot. Cette tension-là, très contemporaine, traverse le roman et donne du relief à la question centrale : comment rester humaine quand tout pousse à choisir un camp, et que chaque camp exige une pureté absolue ?

Et c'est là que l'angle lesbien prend tout son sens : une romance FxF dans un thriller n'est pas un gadget. Elle change la texture émotionnelle. Elle rappelle que les femmes que l'on voit se déchirer dans les débats publics ne sont pas des concepts, mais des corps, des histoires, des désirs, des blessures, des loyautés. Quand un texte remet la chair au centre, il dérange davantage, parce qu'il empêche de réduire les personnages à des slogans.

Résumé de "Kill the TERF" : un thriller new-yorkais, une enquête et une tension affective

Pour poser clairement le cadre : l'intrigue démarre avec un message glaçant découvert sur plusieurs scènes de crime à New York. Des femmes, âgées de 20 à 50 ans, féministes, activistes et combattantes contre le patriarcat, sont assassinées et mutilées. La signature, répétée, alimente la panique et la polarisation. Le roman suit l'inspectrice Kelli Saunders, première femme transgenre de son unité, épaulée par sa sœur Kate Saunders, agente du FBI. Ensemble, elles s'enfoncent dans un New York plus souterrain que carte postale : un endroit où la peur circule vite, où les alliances se font et se défont, où le moindre symbole devient une étincelle.

La dimension "drame judiciaire" prend de l'ampleur quand apparaît la procureure Jessica Wilder, brillante, énigmatique, et dangereusement difficile à lire. Le roman installe alors une tension supplémentaire : un triangle amoureux qui ne ressemble pas à un simple divertissement, mais à un nœud de loyautés. Ce que les personnages ressentent et ce qu'ils doivent faire ne vont pas dans le même sens. La romance, ici, ne vient pas adoucir le thriller : elle le complique, elle le rend plus instable, plus humain.

Autour d'elles, les médias attisent la peur et la suspicion. Une figure mystérieuse semble orchestrer les atrocités avec une précision troublante. Et plus l'enquête avance, plus la question devient vertigineuse : au-delà de l'horreur, qu'est-ce qui motive cet agenda ? La vengeance ? La "justice" au sens malade du terme ? La volonté de faire tomber des icônes ? Le roman laisse planer cette menace sur quelque chose de plus grand que les victimes : les fondations mêmes de la justice, et la manière dont on décide qui mérite la compassion.

Analyse : ce qui rend le roman efficace (et parfois difficile)

1) Les ressorts du thriller : rythme, révélations et confrontations

Sur le plan du suspense, "Kill the TERF" utilise des éléments solides : retournements de situation, révélations progressives, fausses pistes, scènes de confrontation émotionnelle. Ce n'est pas un roman qui s'excuse d'être un thriller : il veut tenir le lecteur, le secouer, le piéger dans l'urgence. Et c'est aussi ce qui peut mettre mal à l'aise : certaines scènes inspirées d'histoires vraies (ou ressemblant à du réel) ne laissent pas une distance confortable. Le livre avertit : il y a de la violence. Il ne faut pas faire semblant de ne pas entendre cet avertissement.

2) Une héroïne transgenre au premier plan : rareté et tension interne

Le choix de faire de Kelli Saunders une inspectrice transgenre n'est pas une étiquette décorative : c'est une source de tension dramatique constante. Elle doit affronter la brutalité des crimes, mais aussi les frictions dans son environnement, y compris là où l'on attendrait une solidarité automatique. Cette double pression donne une profondeur particulière au récit : l'enquête devient aussi une lutte pour rester debout, pour rester légitime, pour ne pas se dissoudre dans la fatigue et la colère.

3) Identité, justice, rédemption : des thèmes lourds, traités sans anesthésie

Le roman revient sans cesse à la justice - légale et morale. Qui juge ? Sur quels critères ? Avec quelle part de vengeance déguisée ? L'identité est explorée dans ses dimensions personnelles et politiques : comment on se définit, comment on est défini, comment on survit au regard des autres. La rédemption, elle, n'est jamais offerte comme un pardon facile : c'est une question ouverte, parfois cruelle, qui renvoie chaque personnage à ses contradictions.

Et l'angle lesbien renforce encore cette complexité. Dans une romance FxF, on ne peut pas se cacher derrière l'habitude des codes hétéro. Les rapports de pouvoir, la peur, la protection, la jalousie, l'envie, prennent une autre forme. Quand le monde autour se radicalise, aimer devient politique malgré soi. Le roman utilise cette tension pour rappeler une chose simple : au milieu des débats, il y a des femmes qui aiment des femmes, qui essaient juste de vivre, et qui se retrouvent instrumentalisées par des combats dont elles n'ont parfois pas choisi les règles.

Mon avis : un roman qui dérange, mais qui force à penser

Ce livre m'a rappelé à quel point le dialogue et l'empathie manquent dans le décor politique actuel. Et je parle de dialogue au sens réel : écouter, essayer de comprendre, accepter que l'on ne comprenne pas tout, et malgré cela respecter l'autre, respecter ses droits, ne pas chercher à l'écraser. Le message n'est pas sophistiqué. Il est même brutalement simple. Et c'est peut-être pour ça qu'il dérange : parce qu'il refuse l'excuse confortable du "c'est compliqué" quand la violence, elle, ne prend jamais de pause.

Oui, certaines scènes peuvent être difficiles à digérer, surtout celles qui ressemblent trop à des récits issus du réel. Mais elles ont aussi une fonction : empêcher le lecteur de rester à distance. Le roman ne vous laisse pas seulement "consommer" une intrigue. Il vous met face à une question qui revient comme un boomerang : à quoi ressemble notre humanité quand elle est testée par la peur, l'idéologie, la tribu ?

Je lis Kyrian Malone pour être divertie, mais aussi pour ce mélange particulier : l'ombre et la lumière, la violence et la tendresse, la mise à nu des mécanismes sociaux et la présence d'une vraie romance lesbienne qui n'est pas là pour faire joli. "Kill the TERF" ne m'a pas offert une évasion confortable. Il m'a donné une perspective supplémentaire sur des luttes souvent invisibles, et sur les dégâts que l'on cause quand on préfère gagner une dispute plutôt que comprendre un être humain.

FAQ

"Kill the TERF" est-il une apologie de la violence ?

Non. Le titre est volontairement provocateur et sert de déclencheur narratif. Le roman utilise ce choc pour interroger la violence des mots, la radicalisation et les effets destructeurs des slogans quand ils remplacent la pensée.

À qui recommander ce thriller lesbien ?

Aux lectrices qui aiment les thrillers sombres avec une romance FxF, des enjeux de justice et d'identité, et qui acceptent d'être bousculées. En revanche, si vous évitez les récits violents, ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains.

Y a-t-il une romance lesbienne centrale ?

Oui, la romance et la tension affective jouent un rôle important, notamment via un triangle amoureux qui pèse sur les décisions, la loyauté et le rythme de l'enquête.

Qu’est-ce qu’un roman lesbien engagé ?

Un roman lesbien engagé aborde des thématiques sociales, politiques ou identitaires en plaçant des femmes qui aiment des femmes au centre du récit. Il ne se limite pas à la romance : il questionne les rapports de pouvoir, les discriminations, la justice ou la violence systémique, tout en donnant une place réelle aux affects et aux relations entre femmes.

Existe-t-il des thrillers avec des personnages transgenres en français ?

Ils restent très rares dans l’édition francophone. Les romans policiers ou thrillers mettant en scène des personnages transgenres comme protagonistes principaux sont encore peu nombreux, en particulier lorsqu’ils évitent les stéréotypes et inscrivent ces personnages dans des intrigues complexes et crédibles.

Pourquoi les romans LGBTQ+ suscitent-ils autant de polémiques ?

Parce qu’ils touchent à des sujets sensibles liés à l’identité, au genre, au corps et à la représentation. En mettant en lumière des réalités souvent invisibilisées, ces récits confrontent le lecteur à ses propres croyances et peuvent déranger des cadres idéologiques déjà polarisés.

Quelle est la place de la romance lesbienne dans le thriller ?

Dans un thriller, la romance lesbienne permet d’explorer les enjeux émotionnels autrement que par la seule violence ou l’action. Elle introduit de la vulnérabilité, des conflits intimes et des choix affectifs qui influencent directement l’enquête et la trajectoire des personnages.

Pour vous procurer ce roman, rendez-vous sur cette page.

Liens utiles

Mise à jour : 1 février 2026

Claire B.


Rencontres lesbiennes

Contribuez !
Envoyez votre article lesbien

Pour participer au Mag, lisez cet article