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Divorce lesbien : pourquoi 41 % des couples de femmes se séparent après 10 ans

Actualités lesbiennes
(Temps de lecture: 5 - 9 minutes)

Pourquoi les couples lesbiens divorcent-ils plus souvent ?

Une nouvelle étude explore pourquoi les couples lesbiens divorcent plus souvent que la moyenne.

Pourquoi les couples lesbiens affichent-ils des taux de divorce plus élevés que leurs homologues gays ou hétérosexuels ? C’est la question à laquelle une nouvelle étude finlandaise tente de répondre, et ses conclusions pourraient surprendre.

Sommaire

Une étude finlandaise sans équivalent en Europe

Publiée le 9 septembre dans le Journal of Marriage and Family, l’étude intitulée « Same-Sex and Different-Sex Couples’ Divorce Risks : The Role of Cohabitation and Childbearing » (Risques de divorce chez les couples de même sexe et de sexe différent : le rôle de la cohabitation et de la parentalité) rappelle d’abord que les recherches précédentes montrent que les couples homosexuels - hommes et femmes - présentent un risque de divorce plus élevé que les couples hétérosexuels, les couples féminins étant les plus touchés, que ce soit en Suède, en Norvège, au Danemark, aux États-Unis ou au Canada.

Pour tenter de comprendre ce phénomène, les chercheuses ont analysé les données administratives finlandaises concernant tous les couples ayant contracté une union légale entre 2003 et 2020. Le mariage pour les couples de même sexe n’a été instauré qu’en mars 2017, mais les partenariats enregistrés étaient autorisés depuis 2002.

Au total, plus de 5.300 couples de même sexe ont été étudiés - dont 3.412 couples de femmes et 1.892 couples d’hommes -, ainsi que plus de 450.000 couples hétérosexuels. Dix ans après le mariage, 41% des couples lesbiens avaient divorcé, contre 27% des couples gays et 22% des couples hétérosexuels.

Les chiffres clés à retenir
41 % : couples lesbiens divorcés 10 ans après le mariage
27 % : couples gays
22 % : couples hétérosexuels
1,9 % : taux de divorce annuel des couples lesbiens ayant cohabité au moins 7 ans avant le mariage
8,2 % : taux de divorce annuel des couples lesbiens ayant emménagé l'année de leur union

Cohabitation avant mariage : le facteur le plus déterminant

Contrairement aux clichés populaires sur les « U-Haul lesbians » (les couples qui emménagent ensemble très vite), l’étude montre que ce n’est pas la rapidité avec laquelle les partenaires s’installent ensemble qui compte, mais la durée de leur cohabitation avant le mariage. Plus celle-ci est longue, plus le risque de divorce diminue.

Ainsi, les couples de même sexe ayant vécu ensemble au moins sept ans avant de se marier présentaient les taux de divorce les plus faibles par an : 1,9% chez les couples lesbiens et 0,9% chez les couples gays. En revanche, ceux qui avaient emménagé ensemble la même année que leur union légale affichaient des taux bien plus élevés : 8,2% pour les couples lesbiens et 4,6% pour les couples gays.

Chez les couples hétérosexuels, la durée de cohabitation avant le mariage n’avait pas de lien significatif avec le risque de divorce.

« Nous avons constaté que les couples féminins se mariaient après des périodes de cohabitation prémaritale plus courtes que les couples masculins ou hétérosexuels, mais le rôle de cette variable dans leur risque de divorce plus élevé était moindre que prévu », a expliqué l’autrice de l’étude, Maria Elina Ponkilainen, au site PsyPost. « Cela montre que d’autres facteurs doivent expliquer la différence restante. »

Le rôle ambivalent des enfants dans la stabilité conjugale

Enfin, la présence d’enfants - qu’ils soient issus du couple ou d’une relation précédente - influence également la stabilité conjugale. Avoir un enfant d’une relation antérieure augmentait le risque de divorce, mais cet effet était moins marqué chez les couples de même sexe.

Bien que les couples de même sexe et de sexe différent ayant des enfants soient généralement moins susceptibles de divorcer que ceux qui n’en ont pas, la présence d’un enfant réduit moins le risque de divorce chez les couples lesbiens que chez les couples hétérosexuels. Les chercheuses avancent, en s’appuyant sur des études antérieures, que cela pourrait s’expliquer par le fait que les couples lesbiens ayant un enfant ensemble présentent souvent un statut socioéconomique plus élevé ; ils auraient donc une plus grande liberté financière pour mettre fin à une union insatisfaisante.

Elles ajoutent aussi que les couples féminins ressentent sans doute une pression sociale moindre à rester ensemble "pour les enfants", les femmes queer étant plus enclines que les couples hétérosexuels à partager équitablement la garde et les responsabilités parentales après une séparation.

« Les résultats montrent que l’on ne peut pas supposer que les facteurs connus pour favoriser la stabilité conjugale chez les couples hétérosexuels aient le même effet chez les couples de même sexe », souligne Maria Elina Ponkilainen.

Une tendance observée bien au-delà de la Finlande

La surreprésentation du divorce lesbien n'est pas une spécificité finlandaise. Les études nordiques menées en Suède et en Norvège depuis les années 2000 aboutissent à des écarts comparables, avec un risque de rupture à dix ans systématiquement plus élevé chez les couples de femmes que chez les couples d'hommes ou hétérosexuels. Les mêmes tendances ont été observées outre-Atlantique, aux États-Unis comme au Canada, ce qui rend le phénomène difficile à expliquer par une seule variable culturelle.

Plusieurs hypothèses circulent dans la littérature scientifique. La première relève des attentes relationnelles : les femmes, qu'elles soient hétérosexuelles ou lesbiennes, formulent statistiquement davantage d'exigences en matière de communication, d'équité affective et de partage émotionnel. Dans un couple composé de deux femmes, ces attentes se cumulent, et l'écart entre l'idéal conjugal et la réalité quotidienne peut devenir rapidement un motif de rupture. La seconde hypothèse est économique : les couples lesbiens sont plus rarement dépendants d'un seul revenu, ce qui réduit le coût matériel d'une séparation et rend la rupture plus accessible.

Ce que ces résultats disent (et ne disent pas) des couples lesbiens

Ces chiffres ne doivent pas être lus comme un verdict sur la qualité des relations entre femmes. Un taux de divorce plus élevé ne signifie ni plus de conflits ni moins d'amour ; il peut aussi traduire une capacité collective à ne pas rester dans une relation devenue insatisfaisante. La lecture féministe de ces données rappelle que le divorce, chez les femmes, est souvent un acte d'autonomie plutôt qu'un échec. C'est un angle utile pour sortir d'une lecture uniquement statistique du couple lesbien.

L'étude finlandaise met en lumière des facteurs qu'il serait pertinent d'étudier dans le contexte francophone, notamment en France où le mariage entre personnes de même sexe a été ouvert en 2013. À ce jour, l'INSEE ne produit pas encore de données publiques désagrégées sur la durée moyenne des mariages entre femmes en France, ce qui limite la comparaison directe avec les résultats finlandais.

Les limites méthodologiques de l'étude

Aucune étude n’est parfaite, précisent les chercheuses : le système de données finlandais ne contient pas d’informations officielles sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. De plus, les conclusions sont propres à un seul pays ; comme le rappelle Ponkilainen à PsyPost, « le contexte juridique et normatif de chaque pays influence les possibilités des couples de même sexe de se marier et d’avoir des enfants, ce qui peut aussi affecter la stabilité de leur union et leur risque de divorce ».

« D’autres facteurs expliquent le reste du taux de divorce plus élevé chez les couples lesbiens », poursuit-elle, « mais il est probable que ces éléments ne soient pas directement observables dans nos données administratives ».

En d’autres termes, nul besoin d’être chercheur pour savoir que les drames saphiques échappent toujours aux catégories simples.

À retenir
Le taux de divorce plus élevé chez les couples lesbiens s'explique par un faisceau de facteurs : cohabitation prémaritale courte, pression sociale moindre pour rester ensemble, autonomie financière, exigences relationnelles cumulées. Aucun de ces éléments ne constitue, à lui seul, une explication suffisante.

Questions fréquentes sur le divorce chez les couples lesbiens

Pourquoi les couples lesbiens divorcent-ils plus que les couples gays ?

Selon l'étude finlandaise publiée dans le Journal of Marriage and Family, les couples féminins cohabitent moins longtemps avant le mariage et rencontrent une pression sociale moindre pour rester mariés. Les attentes relationnelles plus exigeantes et une plus grande autonomie financière expliquent aussi en partie l'écart.

Combien de temps faut-il vivre ensemble avant de se marier pour réduire le risque de divorce ?

L'étude montre que les couples lesbiens ayant cohabité au moins sept ans avant le mariage présentent le taux de divorce annuel le plus faible (1,9 %), contre 8,2 % pour celles qui emménagent l'année même de l'union. La durée de cohabitation prémaritale reste un des prédicteurs les plus puissants.

Avoir un enfant protège-t-il le couple lesbien du divorce ?

Partiellement. La présence d'un enfant réduit le risque de divorce, mais cet effet est moins fort chez les couples lesbiens que chez les couples hétérosexuels. Les chercheuses l'expliquent par une plus grande autonomie financière et une pression sociale moindre à rester ensemble pour les enfants.

Les résultats finlandais sont-ils transposables à la France ?

Les tendances observées en Finlande rejoignent celles mesurées dans les autres pays nordiques, aux États-Unis et au Canada. En l'absence de données publiques INSEE désagrégées sur les mariages lesbiens en France, la comparaison reste indirecte, mais plausible.


Article mis à jour le 17 avril 2026
LM
Article signé
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