La Petite Dernière, le film lesbien d’Hafsia Herzi qui bouscule le cinéma français

La Petite Dernière, le film lesbien réalisé par Hafsia Herzi et adapté du roman de Fatima Daas, accumule les récompenses depuis Cannes 2025. Queer Palm, Prix de l’interprétation féminine, Prix Louis Delluc, César du meilleur espoir féminin pour Nadia Melliti, Prix Alice Guy 2026 : ce portrait d’une jeune musulmane lesbienne de banlieue parisienne s’est imposé comme l’un des films marquants de l’année. Retour sur une œuvre qui a rassemblé plus de 414 000 spectateurs en salle et qui continue de résonner en VOD.
Sommaire
- Un film français porté par une double signature
- De quoi parle La Petite Dernière
- Le sacre de Cannes 2025
- Prix Louis Delluc, César, Alice Guy : la reconnaissance s’installe
- Une portée politique assumée
- Tableau récapitulatif des prix et reconnaissances
- Contexte : le cinéma lesbien français en 2025-2026
- Pourquoi le voir et où le trouver
- Questions fréquentes sur le film
- Note de la rédaction
Un film français porté par une double signature
Sorti le 22 octobre 2025 dans les salles françaises, La Petite Dernière réunit deux figures en pleine ascension. À la réalisation, Hafsia Herzi, révélée devant la caméra dès La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche, confirme sa trajectoire de cinéaste avec un troisième long métrage d’une maîtrise rare. Devant la caméra, Nadia Melliti, 23 ans, étudiante en STAPS à Sorbonne-Paris-Nord, décroche son premier rôle à la suite d’un casting sauvage. Ce duo improbable a fait basculer le film vers quelque chose de plus grand qu’une adaptation littéraire : un geste de cinéma.
Le scénario, coécrit par Hafsia Herzi, transpose le roman autofictionnel de Fatima Daas, paru chez Noir sur Blanc en 2020. Livre-culte du paysage littéraire lesbien francophone, La Petite Dernière est construit autour de l’anaphore "Je m’appelle Fatima Daas", rythmant des chapitres courts et incisifs. Herzi refuse la fidélité mimétique : elle garde le souffle, la fragmentation, les silences, et traduit le slam intérieur de la page en geste cinématographique.
Une réalisatrice qui s’affirme
Avant ce film, Hafsia Herzi avait signé Tu mérites un amour (2019) et Bonne mère (2021), prix d’ensemble à Cannes. La Petite Dernière installe une signature reconnaissable : attention aux corps, à leurs silences, aux interstices familiaux où la parole ne passe pas. Sa caméra accompagne sans juger, tient la distance, laisse respirer.
Une actrice révélation
Nadia Melliti n’avait jamais joué. Repérée à Paris lors d’un casting ouvert en 2024, la jeune femme incarne Fatima avec une économie de moyens qui a bouleversé la critique. Ses silences portent autant que ses lignes. "Vous m’avez fait vivre un moment magique", a-t-elle déclaré en recevant son César. Elle rêvait de Ballon d’or et se retrouve sur la scène des Olympias du cinéma français.
De quoi parle La Petite Dernière
Fatima a 17 ans. Dernière-née d’une famille musulmane pratiquante installée en banlieue parisienne, elle entame des études de philosophie à Paris. La bascule géographique double une bascule intime. Autour d’elle, la famille, la foi, l’appartenance communautaire. En elle, un désir pour les femmes qui ne se laisse plus contenir. Le film suit cette adolescence au fil d’une année, sans héroïsme ni effacement, entre stations de RER, amphithéâtres, prières, soirées et premier amour.
La bande raconte, en creux, trois trajectoires. Celle d’une musulmane qui tient à sa foi. Celle d’une lesbienne qui découvre sa sexualité. Celle d’une fille d’immigré-es qui négocie sa place dans l’espace académique parisien. Ces trois lignes ne s’annulent pas : elles se cherchent, se contredisent, s’appellent. Herzi ne résout rien artificiellement. Elle ouvre.
Une adaptation respectueuse et ample
Fatima Daas a été consultée tout au long du processus. La réalisatrice a passé du temps dans des milieux lesbiens, documenté les spécificités culturelles des familles franco-algériennes, travaillé avec des sensitivity readers pour préserver la justesse des registres. Le résultat évite les deux écueils attendus : ni récit de salut laïc où la religion serait abandonnée, ni récit de rupture brutale où la lesbienne devrait quitter sa famille pour exister.
Le sacre de Cannes 2025
Sélectionné en compétition officielle au 78e Festival de Cannes, le film est présenté le 16 mai 2025 sur la Croisette. L’accueil critique est chaleureux. Rapidement, deux prix majeurs viennent saluer le travail : la Queer Palm, récompense transversale qui distingue la meilleure œuvre LGBTIQ+ du festival, et le Prix de l’interprétation féminine pour Nadia Melliti. Pour une actrice primo-castée dans son premier long métrage, la distinction relève de l’exception.
Cette reconnaissance cannoise lance une trajectoire commerciale inattendue. À sa sortie en salles le 22 octobre 2025, le film dépasse les 400 000 entrées, chiffre considérable pour un drame d’auteur sur un sujet réputé étroit. Le bouche à oreille, relayé par une presse généraliste souvent prudente sur les sujets lesbiens, porte la bande sur plusieurs semaines. La Presse salue "la vraie nature de Fatima", Zone Critique en fait "l’as de cœur" de la saison.
Prix Louis Delluc, César, Alice Guy : la reconnaissance s’installe
L’hiver confirme le statut acquis à Cannes. En décembre 2025, le jury du Prix Louis Delluc, plus ancien prix du cinéma français, récompense La Petite Dernière. Ce prix, souvent considéré comme le Goncourt du cinéma, valide la place du film dans le paysage national. Viennent ensuite les nominations aux César 2026, au nombre de sept.
Le 26 février 2026, à l’Olympia, Nadia Melliti reçoit le César du meilleur espoir féminin. Discours court, tremblé, devenu viral dans les heures qui suivent. Le soir même, les équipes du film saluent Fatima Daas, absente de la scène mais omniprésente dans les remerciements. Quelques jours plus tard, le 24 février 2026, le Prix Alice Guy 2026 consacre Hafsia Herzi pour sa réalisation. Le prix, décerné par un jury paritaire composé de professionnelles du cinéma, récompense chaque année le meilleur film français réalisé par une femme.
Une moisson rare pour un film à héroïne lesbienne
Peu d’œuvres françaises centrées sur une protagoniste lesbienne ont cumulé, en une saison, un tel panorama de distinctions. Entre Cannes, Louis Delluc, César et Alice Guy, La Petite Dernière ouvre une brèche. Les distributeurs hésitent moins, les financiers écoutent plus, les castings s’ouvrent. Dans une industrie souvent méfiante devant les récits de femmes qui aiment les femmes, cet effet de capillarité est précieux.
Une portée politique assumée
Le film ne se contente pas d’être juste. Il intervient. En rendant visible une jeune lesbienne musulmane sans caricature, il déstabilise deux discours concurrents. Celui qui assimile Islam et homophobie irréductible. Celui qui somme les lesbiennes racisées de choisir entre leur foi et leur sexualité. Herzi montre une adolescente qui refuse l’un et l’autre. Elle prie, elle jeûne, elle désire. Elle ne s’excuse pas.
Cette proposition a été saluée par plusieurs collectifs afro-féministes et LGBTQI+ racisé-es. Elle a aussi nourri des débats, parfois vifs, notamment sur la question de la représentation et des circuits de production. Le fait qu’Hafsia Herzi n’a pas elle-même vécu l’expérience de son personnage, et que l’adaptation a été travaillée en dialogue étroit avec Fatima Daas, éclaire la prudence méthodologique déployée.
Un miroir pour des lectrices et spectatrices trop longtemps invisibles
Les réseaux sociaux saphiques francophones ont massivement relayé le film. Des témoignages de lesbiennes racisées, trop rarement représentées au cinéma français, ont accompagné la sortie. Pour beaucoup, il s’agit d’un premier film où se reconnaître frontalement. Ce type d’expérience, documenté depuis des années par les études sur la représentation, pèse lourd dans la santé mentale des minorités et dans le sentiment d’appartenance culturelle.
Tableau récapitulatif des prix et reconnaissances
| Distinction | Date | Récipiendaire |
|---|---|---|
| Queer Palm | Mai 2025 | Hafsia Herzi |
| Prix d’interprétation féminine, Cannes | Mai 2025 | Nadia Melliti |
| Prix Louis Delluc | Décembre 2025 | Hafsia Herzi |
| Prix Alice Guy 2026 | Février 2026 | Hafsia Herzi |
| César du meilleur espoir féminin | 26 février 2026 | Nadia Melliti |
Contexte : le cinéma lesbien français en 2025-2026
La saison 2025-2026 a été exceptionnelle pour la représentation lesbienne dans le cinéma francophone. En parallèle de La Petite Dernière, Constance Debré a vu son roman Love Me Tender adapté par Anna Cazenave Cambet sous le titre Aime-moi tendrement, avec Vicky Krieps en rôle-titre. Le film a été présenté à Cannes 2025. Côté production télévisuelle, plusieurs projets saphiques français sont en développement, portés par des plateformes qui misent sur l’appétit croissant du public.
Cette bouffée d’air frais s’inscrit dans une histoire plus longue. De La Belle Saison (2015) de Catherine Corsini à Portrait de la jeune fille en feu (2019) de Céline Sciamma, le cinéma français a porté, épisodiquement, des œuvres lesbiennes d’exception. La différence de 2025-2026 tient au volume. Plusieurs films sortent la même saison, avec des héroïnes de milieux sociaux et culturels différents, des esthétiques distinctes, des publics visés variés.
Des budgets mieux défendus
Les commissions du CNC, les régions et plusieurs chaînes ont financé plus nettement ces projets. L’effet d’entraînement d’un succès comme La Petite Dernière, qui cumule critique et public, nourrit les arbitrages suivants. C’est l’un des mécanismes les plus efficaces pour diversifier durablement le paysage cinématographique : prouver que les films lesbiens existent pour un large public.
Pourquoi le voir et où le trouver
Accéder à La Petite Dernière
Après son passage en salle, le film est disponible en VOD depuis le 18 février 2026 sur la plupart des plateformes françaises. Il est également programmé dans plusieurs cinémathèques, festivals et rétrospectives. Le roman éponyme de Fatima Daas, socle de l’adaptation, est disponible en poche et constitue un complément essentiel.
La bande annonce
Questions fréquentes sur le film
Qui a réalisé La Petite Dernière ?
Le film est réalisé par Hafsia Herzi. Il s’agit de son troisième long métrage en tant que cinéaste, après Tu mérites un amour et Bonne mère.
Sur quel livre le film est-il adapté ?
Le film adapte le roman autofictionnel La Petite Dernière de Fatima Daas, publié en 2020 aux éditions Noir sur Blanc.
Quels prix le film a-t-il reçus ?
Le film a obtenu la Queer Palm et le Prix d’interprétation féminine à Cannes 2025, le Prix Louis Delluc 2025, le Prix Alice Guy 2026 et le César du meilleur espoir féminin pour Nadia Melliti en 2026.
Qui est Nadia Melliti ?
Nadia Melliti, née en 2002 aux Lilas, est étudiante en STAPS à Sorbonne-Paris-Nord. Découverte lors d’un casting sauvage en 2024, elle décroche son premier rôle au cinéma avec La Petite Dernière, distingué à Cannes et aux César.
Où voir La Petite Dernière en 2026 ?
Le film est disponible en VOD depuis le 18 février 2026 sur la plupart des plateformes françaises. Il est aussi proposé dans des festivals et cinémathèques tout au long de l’année.
Le film peut-il être vu en dehors de la France ?
Des distributions internationales ont été signées pour plusieurs territoires, notamment européens et anglo-saxons. Les dates de sortie varient selon les pays. Aux États-Unis, la sortie commerciale est prévue courant 2026, sous le titre The Little Sister.
Le film est-il accessible pour un public adolescent ?
Le film a été classé tous publics avec un avertissement. Il aborde frontalement la sexualité, sans scènes choquantes, et s’adresse particulièrement aux publics jeunes adultes et aux adolescent-es accompagné-es.
Note de la rédaction
Lesbia Mag a vu ★★★★★
La Petite Dernière est plus qu’un bon film. C’est une proposition politique tenue par un geste de cinéma d’une justesse rare. Hafsia Herzi et Nadia Melliti offrent à une génération de spectatrices ce qu’elle n’a presque jamais vu à cette échelle : une jeune musulmane lesbienne, ni martyre ni héroïne, simplement vivante. À voir, à relire, à faire circuler.
Sources
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