Marie Patouillet : "Les athlètes préfèrent mentir" – visibilité lesbienne et homophobie dans le sport

"Les athlètes préfèrent mentir": invitée d’Anne-Sophie Lapix dans Le 20.10 (M6) le 8 février 2026, la championne de paracyclisme Marie Patouillet a raconté ce que coûte, concrètement, la visibilité lesbienne dans le sport de haut niveau : la pression à la discrétion, les blagues humiliantes, les réactions lesbophobes et l’épuisement d’avoir à se justifier pour un geste que d’autres font sans y penser.
Sommaire
- Marie Patouillet chez Anne-Sophie Lapix : quand un geste privé devient politique
- Entre soutien massif et lesbophobie : la double peine de la visibilité
- "Le sport de haut niveau baigne encore beaucoup là-dedans" : blagues, humiliations, banalisation
- Les enjeux lesbien·nes dans le sport : ce que son témoignage met à nu
- La vidéo : l’extrait qui a relancé le débat
- Que changer concrètement : trois leviers simples et mesurables
- FAQ - questions fréquentes sur Marie Patouillet et la visibilité lesbienne dans le sport
Marie Patouillet chez Anne-Sophie Lapix : quand un geste privé devient politique
Après sa victoire aux Jeux paralympiques de Paris, Marie Patouillet a embrassé sa compagne. Un geste simple, intime, banal en apparence, sauf qu’il a été reçu comme un signal. Sur M6, elle l’a dit sans détour :
C’est une représentation. Un baiser lesbien, une forme d’amour. Si on n’a pas de représentation, on ne peut pas faire exister le problème.
En une phrase, tout est là : la visibilité n’est pas un "bonus", c’est une preuve que la réalité existe, donc qu’elle peut être niée, moquée ou attaquée.
Pourquoi la représentation compte encore en 2026
Dans le sport, l’hétérosexualité reste souvent l’option par défaut : on félicite, on montre, on romantise. Quand l’amour entre femmes s’affiche, le même geste change de statut. Il devient un "message", une "provocation", une "prise de position". Or, ce glissement révèle une mécanique : si l’on accepte la romance hétéro comme décor, mais que l’on renvoie l’amour lesbien au secret, on fabrique une hiérarchie de vies "montrables".
Entre soutien massif et lesbophobie : la double peine de la visibilité
Marie Patouillet explique avoir reçu énormément de retours positifs : "On a reçu beaucoup d’amour, de témoignages et de remerciements", mais elle ajoute immédiatement l’autre versant : "il y a aussi tout le côté lesbophobe qui existe". Autrement dit : la reconnaissance et la violence cohabitent, parfois dans la même journée, parfois dans le même fil de commentaires.
La pression à "rester discrète" : le piège du placard poli
Ce qui ressort aussi, c’est la demande implicite (et parfois explicite) de ne pas "en faire trop", de laisser l’affection à la sphère privée. C’est un vieux réflexe institutionnel : tant que ce n’est pas visible, personne n’a à se positionner. Le problème, c’est que ce silence n’est pas neutre : il protège la norme, pas les personnes.
"Le sport de haut niveau baigne encore beaucoup là-dedans" : blagues, humiliations, banalisation
Sur le plateau, Marie Patouillet décrit un climat où les "blagues"servent de couverture à des violences sociales ordinaires : "Le sport de haut niveau baigne encore beaucoup là-dedans, dans des blagues." Puis elle raconte une scène de réunion, en pleine discussion sur des critères de sélection : "il fallait qu’un athlète se tape Patouillet". Et le réflexe collectif : "Tout le monde rit". La question qui tombe ensuite, et qui dit tout de l’isolement :
Est-ce que je vais encore passer pour la "lâcheuse de service"?
- Quand "tout le monde rit", protester devient un risque social.
- Le silence protège le groupe, pas la personne ciblée.
- La lesbophobie peut se déguiser en humour pour éviter toute responsabilité.
- La répétition de ces scènes finit par normaliser l’inacceptable.
Les enjeux lesbien·nes dans le sport : ce que son témoignage met à nu
1) Le coût psychologique du secret
Le secret n’est pas seulement une absence de mots : c’est une stratégie de survie, et une fatigue. Marie Patouillet résume la logique d’un milieu où se dire peut exposer : "Il faut avoir les épaules larges pour affronter le regard des autres."
2) L’inégalité de traitement entre couples hétéros et couples de femmes
Dans beaucoup de sports, l’hétéro-affichage (photos, baisers, "ma femme / mon mari") est accepté comme un décor. Quand il s’agit d’un couple de femmes, on demande souvent de "ne pas mélanger sport et vie privée", comme si la vie privée des autres ne saturait pas déjà les récits médiatiques.
3) Le risque professionnel : sélection, image, sponsors
Sans prétendre que chaque parcours se ressemble, une constante revient dans de nombreux témoignages : la peur de "payer"sa visibilité, que ce soit en termes d’image, de sélection ou de relation avec des décideurs. Marie Patouillet le formule de manière frontale :
Les athlètes préfèrent mentir sur qui ils sont plutôt que d’affronter la violence qu’il y a autour de ces sujets-là.
La vidéo : l’extrait qui a relancé le débat
Que changer concrètement : trois leviers simples et mesurables
- Former et encadrer : sanctions claires contre les propos lesbophobes et sexistes, y compris quand ils sont présentés comme "des blagues".
- Protéger : dispositifs de signalement qui ne renvoient pas la personne à sa solitude.
- Montrer : soutenir publiquement la visibilité quand elle existe, au lieu de la tolérer en silence.
FAQ - questions fréquentes sur Marie Patouillet et la visibilité lesbienne dans le sport
Qui est Marie Patouillet ?
Marie Patouillet est une athlète française de paracyclisme, double médaillée aux Jeux paralympiques de Paris 2024, invitée dans Le 20.10 d’Anne-Sophie Lapix (M6) le 8 février 2026.
Pourquoi son baiser a-t-il autant fait réagir ?
Parce qu’elle le présente comme un acte de représentation et de visibilité : "Un baiser lesbien, une forme d’amour", et parce qu’elle estime que sans représentation, on invisibilise le problème.
Qu’a-t-elle dénoncé sur l’homophobie et la lesbophobie dans le sport ?
Elle évoque des réactions lesbophobes après ce moment public, et décrit un climat où certaines remarques et "blagues"déplacées restent banalisées dans le sport de haut niveau.
Pourquoi dit-elle que "les athlètes préfèrent mentir" ?
Elle explique que beaucoup choisissent de cacher qui ils sont pour éviter la violence sociale autour de ces sujets dans le milieu sportif.
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