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| Audrey | Actualités lesbiennes

La FFA relaxée de la plainte pour discrimination déposée par Halba Diouf

(Temps de lecture: 4 - 8 minutes)

Décision de justice concernant la plainte de Halba Diouf contre la Fédération française d'athlétisme

En bref : Le 28 janvier 2026, la 12e chambre du tribunal correctionnel de Paris a relaxé la Fédération française d'athlétisme (FFA), poursuivie après une plainte pour "discrimination" et "harcèlement moral" déposée par la sprinteuse Halba Diouf. Le tribunal a estimé que la fédération s'était bornée à appliquer un cadre réglementaire, sans élément démontrant une hostilité liée à l'identité de genre. L'avocat de l'athlète a annoncé son intention de faire appel. Dans le même temps, l'évolution des règles internationales en athlétisme (notamment celles de World Athletics, avec une exigence de test SRY à partir de septembre 2025 pour l'éligibilité à la catégorie féminine au niveau mondial) continue d'alimenter un débat explosif : équité sportive, droits, intimité médicale, et protection concrète des compétitrices.

Sommaire

Décision du tribunal : pourquoi la FFA a été relaxée

Le cœur du jugement est simple : la juridiction correctionnelle a considéré que la FFA n'avait pas, dans ce dossier, franchi le seuil pénal de la "discrimination" ou du "harcèlement moral". Selon les éléments rapportés dans la presse, la magistrate a retenu que l'intention affichée de la fédération relevait de la recherche d'équité sportive et d'égalité des chances entre compétitrices, et qu'aucun propos écrit ni comportement n'avait été rapporté comme manifestant une hostilité liée à l'identité de genre de la plaignante. Dans cette lecture, la FFA s'est conformée à un cadre réglementaire, sans volonté caractérisée de porter atteinte à l'identité de genre de l'athlète, ce qui conduit à la relaxe.

Ce que la relaxe signifie (et ce qu'elle ne signifie pas)

Une relaxe ne tranche pas "le débat" dans l'absolu : elle statue sur des infractions pénales précises, au regard de faits et d'éléments de preuve. Autrement dit, le tribunal ne proclame pas une vérité philosophique sur la définition de la catégorie féminine, ni n'enterre définitivement toutes contestations possibles : il juge si, dans ce dossier, une discrimination pénalement caractérisée et/ou un harcèlement moral sont établis. La nuance compte, parce qu'elle explique pourquoi les réactions peuvent être simultanément opposées et cohérentes : satisfaction juridique côté fédération, frustration militante ou personnelle côté athlète.

Qui est Halba Diouf et quel était l'objet de la plainte

Halba Diouf est une sprinteuse dont les performances en salle ont été rapportées comme la plaçant parmi les meilleures Françaises sur 60 m et 200 m à la période considérée. Selon les récits de presse, elle a engagé une transition de genre en 2021 et a obtenu par la suite des papiers d'identité mentionnant "femme". Le litige a notamment porté sur l'impossibilité de concourir au-delà d'un certain niveau de compétition en France en raison de son statut d'athlète transgenre, ce qui a nourri la plainte pour "discrimination" et "harcèlement moral".

La question de fond : catégories sportives et protection du sport féminin

Dans l'athlétisme, la catégorie féminine n'est pas un simple label administratif : c'est une catégorie créée pour permettre une compétition meaningful entre sportives, précisément parce que les écarts de performance moyens entre sexes (au niveau élite, selon les disciplines) structurent l'équité. C'est pour cela que le sujet n'est pas seulement "symbolique" : il touche au palmarès, aux sélections, aux bourses, aux contrats, et au récit même du sport féminin. Une approche féministe centrée sur le sport souligne souvent cette réalité matérielle : sans catégorie protégée, les opportunités des femmes en compétition peuvent être fragilisées.

Le point qui met le feu : règles internationales, règles nationales, et "qui décide" ?

Un élément important dans l'affaire, tel que rapporté, est l'articulation entre l'échelon national (la FFA) et l'échelon international (World Athletics). L'avocat de la sprinteuse a critiqué une fédération qu'il estime insuffisamment dotée d'une réglementation propre et trop abritée derrière des prescriptions internationales. Ce type de conflit est classique en sport : les fédérations nationales doivent composer avec des règles et des standards internationaux, mais elles opèrent aussi dans un cadre juridique national (droit du travail, discrimination, protection des données, libertés publiques).

World Athletics : le tournant 2025 avec le test SRY

Depuis 2025, World Athletics a formalisé de nouvelles règles d'éligibilité à la catégorie féminine au niveau international, incluant une exigence de test SRY (sex-determining region Y) "une fois dans la vie" pour les athlètes souhaitant concourir dans la catégorie féminine lors des championnats du monde, avec entrée en vigueur au 1er septembre 2025. L'organisation a présenté cette mesure comme un outil d'intégrité de la catégorie féminine, via un prélèvement type frottis buccal ou test sanguin.

Un enjeu féministe concret : équité sportive vs intrusion médicale

Deux préoccupations peuvent entrer en collision. D'un côté, l'exigence d'équité pour les compétitrices (avec la volonté de protéger une catégorie sportive féminine). De l'autre, la question de l'intimité médicale et de la collecte de données biologiques, qui peut être perçue comme intrusive et potentiellement stigmatisante, surtout quand les règles s'appliquent de manière très large. C'est précisément cette zone grise qui rend les débats interminables : on parle à la fois de performance, de droits, de confidentialité, et de reconnaissance sociale.

Après la relaxe : appel, communication de la FFA et prochaines étapes possibles

D'après les informations publiées, la FFA a indiqué "prendre acte" de la décision de relaxe et ne pas souhaiter s'exprimer davantage sur le fond. De son côté, l'avocat de l'athlète a annoncé vouloir porter le dossier devant la cour d'appel. Concrètement, un appel relance une bataille judiciaire qui peut durer, et qui repose souvent sur deux axes : la caractérisation juridique (discrimination/harcèlement) et la légitimité des règles sportives invoquées.

Le risque pour les sportives : l'instabilité permanente

Au-delà des camps et des slogans, il y a un effet collatéral rarement assumé : l'instabilité réglementaire peut devenir un poison pour toutes. Les athlètes ont besoin de règles lisibles, stables, contestables de façon claire et avec des voies de recours cadrées. Quand l'incertitude s'installe, ce sont les carrières sportives qui se jouent sur des zones d'interprétation, des délais, des statuts, et des décisions administratives plus que sur la piste.

Pourquoi ce dossier intéresse aussi les femmes lesbiennes et le sport féminin

Parce que le sport féminin n'est pas un décor : c'est un espace de visibilité, de conquête sociale, et parfois de survie économique. Les femmes ont une histoire particulière avec le sport, entre hypervisibilité fantasmée, soupçon permanent, et injonctions à la féminité "acceptable". Quand la catégorie féminine devient un champ de bataille idéologique, les femmes qui y concourent (toutes, y compris lesbiennes) se retrouvent prises entre des discours qui les dépassent : la défense d'un espace sportif à elles, et la peur d'être assignées au rôle de méchantes si elles posent des questions d'équité.

Défendre les sportives sans fabriquer un ennemi

Notre ligne éditoriale est féministe : elle s'intéresse d'abord aux conséquences concrètes pour les femmes en compétition (places, titres, sélection, sécurité, confidentialité). Cela n'implique pas de déshumaniser quiconque. Il est possible d'affirmer un principe de protection de la catégorie féminine et de demander des règles cohérentes, sans transformer des personnes en cible. Et c'est précisément parce que le sujet est inflammable qu'il mérite un traitement factuel, juridique, et centré sur les impacts réels.

FAQ (si vous cherchez une réponse rapide)

La FFA a-t-elle été condamnée dans l'affaire Halba Diouf ?

Non. Selon les articles publiés le 28 janvier 2026, la FFA a été relaxée par la 12e chambre du tribunal correctionnel de Paris dans le dossier lié à la plainte pour "discrimination" et "harcèlement moral".

Est-ce terminé juridiquement ?

Pas forcément. L'avocat de l'athlète a indiqué vouloir faire appel, ce qui peut relancer l'examen du dossier devant une cour d'appel.

Que change la règle SRY de World Athletics (2025) ?

World Athletics a annoncé une exigence de test SRY pour l'éligibilité à la catégorie féminine au niveau mondial, avec entrée en vigueur au 1er septembre 2025, notamment pour les championnats du monde.


Sources principales : L'Equipe (28 janvier 2026) ; Le Monde (28 janvier 2026) ; World Athletics (30 juillet 2025) 

Mise à jour : 30 janvier 2026

Audrey


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