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| Audrey | Actualités lesbiennes

Stefonknee Wolscht : un père de 7 enfants qui a quitté sa famille pour vivre comme une fillette de 6 ans

(Temps de lecture: 4 - 7 minutes)

Photo de Paul Wolscht en robe d'enfant avec poupée, illustrant son abandon familial pour vivre comme une fillette de 6 ans

Dans les débats sur l’identité de genre, certains cas très médiatisés illustrent les tensions qui peuvent apparaître entre affirmation personnelle, santé mentale et responsabilités familiales, notamment lorsqu’il s’agit d’enfants. L’histoire de Paul Wolscht, qui s’est ensuite présenté sous le nom de Stefonknee Wolscht, fait partie de ces cas souvent cités. Marié pendant vingt-trois ans, père de sept enfants et mécanicien à Toronto, il a quitté sa famille à l’âge de 46 ans pour adopter l’identité de Stefonknee, une fillette de six ans. Plus de dix ans après les faits, ce récit continue de circuler régulièrement sur les réseaux sociaux et soulève des questions persistantes sur les limites de certaines formes de transition, sur les phénomènes de régression d’âge (« age regression » ou « transage ») et sur leurs conséquences pour les familles concernées.

Du père de famille à Stefonknee, la fillette de six ans

Avant ces événements, Paul Wolscht menait une vie relativement ordinaire. Marié à Maria et père de sept enfants, il travaillait comme mécanicien. Vers 2015, alors âgé de 46 ans, il commence à explorer publiquement son identité de genre. Son épouse accepte dans un premier temps qu’il pratique le cross-dressing, mais elle refuse l’idée d’une transition complète impliquant notamment un traitement hormonal et un changement social total. Face à cet ultimatum - renoncer à la transition ou quitter le foyer - Paul Wolscht choisit finalement de partir. Cette décision entraîne une rupture familiale douloureuse, suivie d’une période de grande précarité et de deux tentatives de suicide.

Par la suite, il adopte l’identité de Stefonknee. Cette identité ne se limite pas à une transition de genre : il affirme également se percevoir comme une enfant de six ans. Stefonknee vit aujourd’hui avec un couple plus âgé qu’il présente comme ses « mummy and daddy », c’est-à-dire des parents adoptifs. Selon les témoignages publics, ce couple aurait décidé de l’accueillir après avoir découvert son histoire sur Internet. Dans cette nouvelle vie, Stefonknee porte des vêtements d’enfant, joue avec des poupées, colorie et passe du temps avec les véritables petits-enfants du couple. Elle décrit ce mode de vie comme une forme de « play therapy », ou thérapie par le jeu. Elle affirme également pouvoir passer de longues périodes sans penser à son ancienne vie d’adulte, à ses responsabilités passées ou à sa famille biologique.

Cette situation est souvent décrite comme une forme de régression d’âge. Elle dépasse le cadre d’une transition de genre classique en combinant identité trans et identification explicite à l’enfance. Dans ses déclarations publiques, Stefonknee explique cette démarche par des traumatismes d’enfance non résolus ainsi que par une dysphorie de genre particulièrement intense, au point que l’identité adulte lui serait devenue insupportable.

L’impact sur l’ex-épouse et les enfants

Les sept enfants du couple - pour la plupart adolescents ou jeunes adultes à l’époque - n’ont évidemment pas participé à cette décision. Leur père s’est progressivement éloigné de leur vie quotidienne afin, selon ses propres termes, de « guérir son enfant intérieur ». Maria, son ex-épouse, s’est ainsi retrouvée seule à assumer la charge de la famille après plus de vingt ans de vie commune.

Cette situation soulève des interrogations importantes sur la parentalité et les responsabilités familiales. Lorsque l’affirmation d’une identité personnelle entre en conflit direct avec les besoins des enfants et du partenaire, où se situe la limite ? Même lorsqu’il s’explique par une souffrance réelle - dysphorie, dépression ou tentatives de suicide - le départ d’un parent demeure une rupture familiale lourde de conséquences. La question se pose alors de savoir si les enfants ont droit à une stabilité familiale prioritaire, ou si la quête d’identité personnelle peut justifier de s’éloigner durablement de ses responsabilités parentales.

Dans certains milieux critiques du transactivisme, ce cas est régulièrement évoqué comme l’exemple d’une dérive possible : une régression d’âge qui, selon eux, pourrait encourager l’évitement des responsabilités adultes, au détriment des partenaires et des enfants. L’affaire est également utilisée pour ouvrir des discussions sur les liens parfois évoqués entre traumatismes, troubles neurodéveloppementaux et dysphorie de genre - un sujet qui demeure sensible et controversé dans de nombreux débats publics.

Mises à jour : une identité maintenue plus de dix ans après

L’histoire devient largement médiatisée à partir de la fin de l’année 2015, à la suite d’interviews et d’articles publiés notamment dans Daily Mail et The Independent, ainsi que dans plusieurs vidéos et documentaires diffusés sur YouTube. Au fil des années, Stefonknee Wolscht continue de maintenir publiquement cette identité. En 2023, plusieurs articles indiquent qu’elle se présente toujours comme une fillette de six ans et qu’elle reste active sur les réseaux sociaux, notamment sur YouTube et Instagram, où elle partage des aspects de sa vie quotidienne, comme des sorties ou des événements sportifs.

En 2024, elle publie également un mémoire autobiographique intitulé Holding On by a Thread, disponible sur Amazon. L’ouvrage retrace son parcours depuis sa vie sous le nom de Paul Wolscht jusqu’à l’adoption de l’identité de Stefonknee, en abordant les conflits familiaux, les épisodes de maladie mentale et sa recherche d’espoir.

En 2025 et 2026, des publications virales circulent encore régulièrement sur Facebook et Instagram, repartageant la photographie devenue emblématique montrant l’ancienne famille et l’image actuelle de Stefonknee. Beaucoup d’internautes découvrent alors l’histoire comme si elle était récente. Ses comptes publics restent actifs - notamment Instagram @stefonknee ainsi que Facebook et YouTube @StefonkneeWolscht - où elle publie occasionnellement du contenu lié à des événements sportifs ou à la promotion de son livre. Elle se présente toujours comme « trans father of 7 great kids » et auteur. À ce jour, aucune information publique ne suggère un retour à une identité adulte ou un changement de position sur la manière dont elle se définit.

Une controverse qui perdure

Ce cas ne représente pas l’ensemble des parcours de transition, mais il est souvent cité parce qu’il cristallise plusieurs tensions contemporaines : le droit à l’autodétermination face aux conséquences que certains choix peuvent avoir sur l’entourage ; la recherche d’un apaisement personnel face à l’impact social et familial de ces décisions ; ou encore la reconnaissance d’identités marginalisées face à la protection des structures familiales.

Dans certains milieux féministes et lesbiens critiques des théories de l’identité de genre, cette affaire est également évoquée pour souligner le risque que certaines trajectoires trans puissent, selon elles, invisibiliser ou marginaliser l’expérience des femmes biologiques et des mères. D’autres voix appellent toutefois à distinguer les situations individuelles des réalités plus larges de la communauté trans.

Au-delà des positions idéologiques, cette histoire rappelle surtout que les trajectoires personnelles peuvent avoir des répercussions profondes sur l’entourage. La souffrance psychologique évoquée par Stefonknee Wolscht est réelle, mais les décisions prises ont également eu des conséquences importantes pour sa famille : une épouse et sept enfants ont dû reconstruire leur vie après cette rupture.

Sources

Plus de dix ans après les premiers articles, cette histoire continue d’être régulièrement partagée et commentée. Elle reste un exemple souvent cité dans les débats contemporains sur l’identité, la parentalité et les limites que peut rencontrer l’individualisme lorsqu’il entre en tension avec les responsabilités familiales.